AU FOND DES CHOSES
DÉCALAGE n°3 : Transformez le regard !!!


Le décalage de ce numéro l'est moins dans la forme que dans le fond. Désolé, on fait ce qu'on peut !! Un peu comme un pied dans le plat des pratiques bien établies. Mais ça fait probablement pas de mal d'essayer de dépasser ces dernières.

On accuse souvent le regard des autres sur les « handicapés » comme s'il y avait d'un coté les « bons samaritains » et de l'autre les « méchants idiots qui ne comprennent jamais rien ».
Il est d'ailleurs plus facile de montrer du doigts ces derniers. C'est vrai qu'ils ne facilitent pas la vie des personnes en situation de handicap par des comportements ou discours franchement « handiphobes ». La maltraitance existe aussi bel et bien comme le montrent les rapports annuels de l'Association Allo Maltraitance des personnes Handicapées (permanences le lundi de 14 à 17h et le jeudi de 9 à 12h au 03 83 36 20 00, répondeur 24H/24).
La discrimination également. Sachez que la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité (HALDE) accompagne toute personne qui en est victime : on peut saisir cette instance par courrier au 11 rue Saint Georges 75009 Paris.

Les « samaritains » paraissent beaucoup moins repérables et donc condamnables parce que cachés derrière leur discours de missionnaire prônant la justice pour ceux qu'ils désignent comme des « handicapés ». Pourtant, à force de vouloir trop bien faire, ils passent bien souvent à coté des véritables besoins des personnes qu'ils voulaient aidés. Ils nient aussi involontairement leurs capacités d'actions et/ou de décisions. Combien de personnes en fauteuil manuel ou aveugle se « sont faites » traverser une rue alors qu'elles ne le voulaient pas ? Combien de mise à distance sous forme de furtifs encouragements hors contexte : « Bon courage ! » alors que la personne ne s'est pas plainte ?
Maladroitement, souvent pour compenser une blessure et/ou une culpabilité personnelle(s), ils aident sans écouter l'autre, sans le reconnaître à la fois dans sa spécificité et son humanité. Ils s'aident eux-mêmes en pensant aider les « pauvres petits handicapés » mais ces derniers doivent-ils assumer cette fonction ?

Se pose alors la question de la transformation du regard du « Méchants » comme du « Samaritains » à l'égard des personnes en situation de handicap. Et surtout, comment les actions de sensibilisation peuvent-elles atteindre leur cible et leur objectif ? Et peut-on transformer le regard ?

De nombreuses manifestations autour du handicap sont organisées pour tenter changer les représentations sociales. L'AMIH y participe volontiers. Mais qui attirent-elles ?.
Probablement beaucoup de personnes déjà concernées et sensibilisées : la cible ne serait alors pas atteinte ? De même peut-on s'interroger sur la méthode qui consiste à énoncer un discours si bien préparé et émanant d'un collectif si bien organisé. Face à un groupe constitué et identifié par des stands ou autres, les passants sont-ils prêts à interagir, à échanger ?
Les réponses à ces questions ne sont certes pas aisées à cause de la difficulté à sonder les éventuels changements.

Mais d'autres hypothèses émergent : le hasard, la créativité, le temps d'une expérience commune et partagée seraient le ferment de l'authentique rencontre. De plus, en situation de handicap ou non, chacun a le pouvoir de transformer le regard que l'on porte sur lui en le renvoyant par un autre, confiant, rassurant et apaisé. Et ce au hasard des rencontres.
Certes, il y aura toujours des gens fermés à la différence, avec lesquels il est impossible d'entrer en relation malgré les tentatives : on ne pourra pas les changer d'un coup de regard magique ! Tant pis pour eux et passons à autre chose car il n'y a sûrement rien à faire. Au moins, on ne pourra plus mettre ce rejet sur le compte de la personne en situation de handicap.
Mais il en reste beaucoup d'autres qui n'osent pas, qui ont peur par méconnaissance, et qu'il reste à approcher, rassurer. Les gens ne changeront pas d'eux-mêmes leurs regards, que nous portions une déficience ou non : peut-être faut-il les y aider chacun à notre manière en vivant pleinement sa vie, ses envies, ses goûts et ses aspirations, et ce sans peur du regard de l'autre.

Manque plus que de vérifier ces hypothèses qu'on peut résumer ainsi : Avec l'autre tout se joue à chaque instant, au jour le jour.

Partagez vos conclusions et autres hypothèses en écrivant sur le courriel :
vincent.harel@amih.org .

Vincent HAREL,
administrateur