Quel couple !
Quelle joie de se lever le matin et de voir son chien faire la fête à son maître. Jamais de mauvaise humeur, toujours égal à lui-même, cet être à quatre pattes est « un compagnon de la vie » fidèle.
Vous allez sûrement penser qu'une personne lourdement handicapée ne peut pas bénéficier de ce bonheur, étant donné qu'elle n'a pas ou peu de possibilités de s'occuper d'un chien. Rassurez-vous, vous êtes peut-être en mesure de le faire. Pour vous le prouver, je souhaite vous parler de Speed, superbe Labrador mâle de couleur sable. Il est entré officiellement dans ma vie le 29 mars 2003, grâce à une association exceptionnelle, l'ANECAH (Association Nationale d'Éducation de Chiens d'Assistance pour les personnes Handicapées).
J'ai toujours rêvé de m'occuper d'un chien, car j'ai été élevée en leur compagnie. Malheureusement un problème se présentait à moi : comment allais-je m'occuper correctement de lui, vu la lourdeur de mon handicap ?
Il fallait pallier les difficultés de mon handicap, le fait que je n'ai presqu'aucune mobilité. Plusieurs questions se posaient donc à moi : comment faire pour donner à manger au chien, pour le sortir, pour jouer avec lui, pour le soigner, etc ?
Après une longue investigation, une solution se présentait à moi: le chien d'assistance.
Comme je parlais très régulièrement de mon désir d'avoir un chien à Michel, la personne qui partage ma vie, il a eu la gentillesse d'adresser un courrier à l'ANECAH sollicitant l'envoi d'un dossier. Une fois reçu le document, je l'ai retourné complété en y joignant une lettre de motivation.
Quelques mois plus tard, Maryse
PEYTAVIN, co-responsable du centre de Lyon de l'ANECAH et éducatrice
canine, est venue à mon domicile pour faire ma connaissance,
d'une part, et me demander des informations complémentaires
sur ma demande, d'autre part (par exemple : quel caractère
je souhaiterais que mon futur chien ait ?).
Bien sûr, lors de cet entretien je lui ai posé de
nombreuses questions, afin de me rassurer, entre autres, sur mes
capacités à m'occuper de lui.
Maryse ne donnait pas l'impression de s'inquiéter sur ce
point. De toute façon, tout se déciderait pendant
le stage de quinze jours, obligatoire pour obtenir un chien d'assistance.
L'ANECAH ne propose que deux stages par an et offre environ une cinquantaine de chiens par année. Imaginez la liste d'attente !
En ce qui me concerne, j'ai attendu
assez longtemps avant de participer à un stage (quatre
ans et trois mois), car je ne désirais pas m'éloigner
trop loin de mon domicile.
En effet, le stage se déroule toujours dans un milieu hospitalier,
qui accepte d'accueillir, pour une durée de quinze jours,
un groupe de personnes handicapées avec l'équipe
encadrante (éducateurs et bénévoles de l'ANECAH,
ainsi que les éventuels accompagnateurs des stagiares)
et une quinzaine de chiens. De plus, l'association doit négocier
la gratuité de l'hébergement. Par conséquent
le lieu du stage dépend de l'opportunité qui s'offre
à l'association.
J'ai donc patienté plus longtemps, mais j'ai eu la chance
de faire le stage à Jury-lès-Metz du 16 au 29 mars
2003 (à environ 60 km de chez moi).
Parlons un peu du stage !
Le rythme de celui-ci est soutenu. Vous avez l'impression de retourner
à l'école. En effet, tous les jours, vous avez des
cours théoriques (par exemple : les maladies du chien)
et pratiques avec les chiens. Chaque matinée démarre
par une interrogation écrite sur les cours de la veille.
Le stage est assez éprouvant, car les journées
sont bien remplies. Il est parfois déconcertant, car les
éducateurs n'hésitent pas à vous bousculer
et à vous mettre la pression. Leurs comportements à
l'égard des stagiaires sont compréhensibles, car
il est impératif de saisir très vite que la responsabilité
d'un chien n'est pas celle d'un jouet. Une fois que vous êtes
rentré chez vous, vous devez savoir vous débrouiller
dans n'importe quelle situation. Aucun éducateur ne vous
accompagnera à votre domicile. De plus, le stagiaire handicapé
doit intégrer et maîtriser le travail que l'ANECAH
a réalisé pendant environ deux années. Voici
en quelques lignes le parcours du chien : l'association le sélectionne
au départ dans un élevage connu par l'ANECAH. Puis,
dès l'âge de deux mois, jusqu'à dix-huit mois
environ, une famille d'accueil bénévole prend en
charge le chiot pour la phase de pré-éducation (le
chien apprend à être propre, à obéir,
à connaître le vocabulaire pour chien d'assistance,
etc). Je salue, au passage, le travail primordial sous le signe
de la générosité des familles d'accueil.
Ensuite vers dix-huit mois et cela jusqu'à environ vingt-quatre
mois, le chien retourne au centre à temps plein pour être
éduqué par un moniteur trente minutes par jour.
À la suite de ce programme, seuls seront remis aux personnes
handicapées les chiens parfaitement socialisés,
éduqués, calmes, obéissants, affectueux,
et dénués de toute tare physique (dysplasie, entre
autres).
Lorsque vous rentrez avec votre
chien d'assistance, vous restez régulièrement en
relation téléphonique avec l'association. Ainsi,
des petites mises au point peuvent être faites. Le but est
de vous rassurer et que l'ANECAH soit assurée que le chien
va bien et qu'il continue à exécuter correctement
les ordres et exercices qu'il a appris.
Au terme des premiers trois mois passés avec le chien d'assistance,
a lieu une visite d'un ou plusieurs éducateurs de l'association.
Six mois après celle-ci, une autre rencontre se réalisera.
L'ANECAH est une association sérieuse, qui avec beaucoup de rigueur dans l'éducation des chiens et de respect pour ces derniers, permet à de nombreuses personnes handicapées (dont je fais partie !) de réaliser leur rêve et d'être plus autonomes dans leur vie. En effet, outre le fait que Speed est un superbe compagnon, il exécute 53 ordres, dont l'ouverture et la fermeture des portes (grandes ou petites), il allume et éteint les lumières, Speed ramasse également les objets (même les pièces de 5 centimes d'euros!), etc. Ne croyez surtout pas qu'il soit malheureux lorsqu'il travaille ! Je peux vous assurer qu'il aime cela, car, par exemple lorsqu'il me ramasse un objet, il attend impatiemment d'en ramasser un autre.
J'ai écrit cet article
pour, bien sûr, vous faire partager mon nouveau bonheur,
mais surtout pour vous encourager à aller jusqu'au bout
de votre rêve, même si par moment vous serez confrontés
à des difficultés. De toute façon, aucun
projet ne se réalise facilement. Il faut toujours bien
réfléchir avant de se lancer et ensuite foncer.
Je reste à votre disposition si vous désirez des
informations complémentaires.
Je vous communique les coordonnées du siège social de l 'ANECAH :
ANECAH
155, rue Nationale
75 013 PARIS
Tél : 01 45 86 06 33 ou 01 45 86 58 88
Fax : 01 45 86 50 76
Deux centres de formation existent à Lyon et Alençon. Un troisième devrait voir le jour prochainement en Bretagne.
Nathalie TRABUCCO
| |
|