LA COMPLEXITÉ DU PROCESSUS DE CANDIDATURE À L'EMBAUCHE DES TRAVAILLEURS HANDICAPÉS


Suite à une étude menée par l'un de nos administrateurs, Vincent Harel, pendant un an, en collaboration avec l'Agefiph et l'ORSAS de Lorraine sur "L'embauche des personnes handicapées : de l'évaluation des difficultés à la proposition de stratégies efficaces de présentation des candidats", nous avons le plaisir de vous présenter aujourd'hui la conclusion de ses recherches : La complexité du processus de candidature à l'embauche des travailleurs handicapés.

 

Au cours de ces dernières années, l'écart entre l'offre et la demande d'emploi de personnes handicapées s'est largement creusé. Et même si le nombre de demandeurs d'emploi handicapés lorrains diminue entre 1999 et 2000, cette décrue ne connaît pas la même ampleur que pour les autres travailleurs privés d'emploi.
Désireuse d'approfondir les connaissances concernant les difficultés de recrutement des personnes handicapées, l'AMIH réalisa une étude, financée par l'AGEFIPH-Lorraine et supervisée par l'ORSAS de Lorraine. L'objectif était d'utiliser une éventuelle discrimination à l'embauche des personnes handicapées pour étudier le processus de candidature et l'efficacité de certaines stratégies de présentation des candidats handicapés.

Sa réalisation se développa donc autour de la réplication partielle d'une expérience menée en milieu naturel par J.-F. Ravaud en 1989. Pour autant, l'A.M.I.H. a souhaité introduire une dimension pragmatique en offrant aux organismes d'insertion professionnelle labellisés « Cap Emploi » la possibilité de moduler le plan expérimental en fonction de leurs besoins d'informations. La présente étude consista en l'envoi par voie postale de candidatures spontanées (lettre de motivation et Curriculum Vitae) dans lesquelles étaient manipulées les variables susceptibles de vérifier les hypothèses dégagées avec les Cap Emploi de Lorraine.
L'expérimentation parvint à des observations inattendues sur le processus de candidature à un poste de secrétaire-comptable, et particulièrement pour le cas de candidats présentant un handicap. De plus, le comportement des entreprises de plus de 20 salariés se révèla intéressant.
Dans un premier temps, aucune discrimination à l'embauche n'a pu être mise en évidence contrairement aux résultats de Jean-François Ravaud. La différence de conclusion peut nous amener à confirmer l'hypothèse formulée dans le projet d'étude et l'enquête auprès des Cap Emploi : le processus de recrutement est un phénomène complexe dépendant de multiples facteurs situationnels (la région, secteurs d'activités des entreprises, etc.) et individuels (type de handicap, argumentation utilisée, ..), et à leurs interactions dans un contexte socio-culturel donné.
Par conséquent, l'hypothèse selon laquelle l'absence de mention d'un handicap accroît les chances d'obtenir un entretien, n'est pas validée pour des candidatures à un poste de secrétaire-comptable. L'efficacité des stratégies de présentation des candidats à l'embauche mentionnant un handicap pourrait donc également dépendre du poste envisagé. En effet, malgré l'absence d'informations concernant la nature du poste visé dans la première étude de J-F. Ravaud, on peut supposer par les différences de profils des candidats utilisés dans les deux expériences qu'il ne s'agissait pas des mêmes professions.
Enfin, les entreprises lorraines de plus de 20 salariés seraient significativement (à .08) plus sensibles, par rapport à celles de moins de 20 salariés, aux avantages liés à l'embauche de secrétaires-comptables handicapées. Pour autant, il n'a pas été possible de distinguer les effets sur les entreprises, d'une part, des avantages liés aux compétences développées dans la compensation du handicap, et d'autre part, de l'obligation d'emploi et des modalités d'encouragement à l'embauche de « travailleurs handicapés ». Il semblerait cependant que la loi de 1987 soit aujourd'hui efficace en Lorraine dans l'embauche de secrétaires-comptables handicapées, que ce soit par les aides accordées par l'AGEFIPH pour la compensation du handicap ou par les modalités d'encouragement des entreprises.

Pour terminer, les différences de conclusions entre l'étude initiale de J-F Ravaud et celle de l'AMIH démontrent que l'efficacité d'une candidature à l'embauche provenant de personnes handicapées dépend de nombreux facteurs individuels et contextuels. Nous pouvons ainsi supposer que la loi contre les discriminations et 15 ans d'application de celle de 1987 ont largement contribué à l'évolution des comportements des entreprises en matière d'embauche des personnes handicapées. Aussi, même si la situation de l'emploi des personnes handicapées reste préoccupante, elle ne peut être uniquement imputable à un comportement global et généralisé de rejet dans le milieu ordinaire de travail. D'autres études pourraient toutefois dépister les situations problématiques et orienter les politiques en matière d'intégration professionnelle des personnes handicapées.

Vincent HAREL
Administrateur à l'AMIH,
Chargé d'étude.