L'antiquité grecque n'a pas facilité la vie des sourds. Prenons par exemple Platon, philosophe du IVème siècle avant J.C., qui affirmait que quelqu'un qui ne parlait pas ne pouvait pas raisonner. Aristote, qui était son disciple, a même écrit que les sourds étant "irrémédiablement ignorants" ne pourraient pas être éduqués. Au contraire, les Égyptiens et les Perses pensaient que les sourds étaient protégés des dieux.
La création des ordres religieux appliquant la règle du silence, à l'époque médiévale, va permettre l'intégration religieuse des sourds. Mais dans la plupart des cas, le "sourd-muet" restait l'idiot du village, faisant à la fois peur et pitié...
La Renaissance et son intérêt pour l'Homme, et la connaissance vont relancer la promotion de la personne sourde. Montaigne comprend enfin, avec d'autres philosophes du XVIème siècle, que les "muets argumentent et content des histoires par signes [...] Il ne leur manque rien [sauf] de savoir se faire entendre".
A partir de 1760, un entendant va sérieusement sortir les sourds de l'ombre. C'est bien sûr l'Abbé Charles Michel de l'Epée. Enfin, les sourds sont reconnus en tant que personnes intelligentes. Il était temps ! Sa "carte de visite" religieuse lui ouvre même les portes du Château de Versailles jusqu'à Louis XVI. Cet appui royal va permettre la création d'écoles pour jeunes sourds.
Malgré la mort de l'Abbé de l'Épée en 1789, le mouvement ne va pas cesser de prendre de l'ampleur. Le XIXème siècle devient un véritable "Âge d'Or" pour la communauté sourde, sa langue et sa culture. Mais les détracteurs de la L.S.F. (langue des signes française) persistent et ce contre-courant va entretenir l'opposition "oraliste-gestualiste".
Au fil du siècle, les oralistes gagnent du terrain et en 1880, ils organisent à Milan, un grand congrès. Tous les médecins et intellectuels "bien pensant" et oralistes d'Europe se retrouvent et décident l'interdiction de la L.S.F. ! De retour dans leur pays respectif, ils informent les autorités en place et imposent leur décision comme une parole unique.
La bourgeoisie puritaine s'allie aux oralistes, de même que Jules Ferry qui souhaitent uniformiser les méthodes d'enseignement et proclame le français comme seule langue de la République.
Les écoles gestualistes ferment leurs portes et nombre de professeurs se retrouvant au chômage technique s'expatrient aux Amériques. Désormais l'enseignement est dispensé aux enfants sourds en français. C'est l'avènement de l'oralisme, autrement dit de la lecture labiale.
Il faudra attendre la fin des années 1970 pour que s'amorce un changement des mentalités. Mais pendant plus d'un siècle, les sourds auront été opprimés, maltraités ou considérés comme des "débiles incapables de penser".
L'histoire s'accélère depuis peu. Des classes
bilingues sont ouvertes, les services d'interprètes se
multiplient en province à l'initiative des sourds et de
poignées d'entendants militants. Les progrès des
télécommunications et la multiplication des échanges
internationaux élargissent le champ des mouvements associatifs.
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