Quel que soit le handicap dont on est atteint, suivre des études
n'est pas l'étape la plus difficile. La plus déterminante
est celle du passage des examens, concours... qui permettent de
finaliser celles-ci afin de passer à l'étape suivante
: trouver un emploi.
Mais avant d'atteindre sa feuille d'examen, il faut souvent surmonter
un tas d'épreuves telles que l'inaccessibilité de
la salle, secrétaire absente à l'heure J, etc. Heureusement,
des associations se créent pour vous aider telles que l'association
" Comme sur des Roulettes " ou le SISU (Voir Handispensable
n°24).
Cependant l'obstacle qui reste le plus insurmontable est la mentalité
négative des personnes face au handicap.
Claire TINE et ses parents, que j'ai l'honneur de vous présenter aujourd'hui, en ont fait la douloureuse expérience. Son handicap majeur est un blocage de la parole .
Claire précise : "J'ai des problèmes
psycho-moteurs, en gros : de muscles, de pieds et de bassin.
Je suis née à 7 mois 1/2 et j'ai eu un arrêt
respiratoire de quelques secondes. Je suis restée dans
une couveuse pendant deux mois (je suis arrivée chez mes
parents le jour des trois ans de ma soeur ! Quel beau cadeau d'anniversaire
!).
Je suis assez raide et ai de la spasticité (de ce fait
mes mains sont toujours crispées."
Pour s'exprimer, lors de notre entretien, Claire est accompagnée de son père, Gérard. Dans la vie quotidienne, elle se débrouille de différentes façons pour se faire comprendre.
AMIH : Comment s'est déroulée votre scolarité puis vos études ? Avez-vous rencontré des difficultés particulières quand les professeurs vous interrogeaient ?
Claire TINE : Ma scolarité s'est déroulée
normalement. Je suis toujours allée dans des établissements
traditionnels. J'ai redoublé la dernière année
de maternelle et le CM1 par manque de maturité dans les
deux cas.
En maternelle et à l'école primaire, j'étais
à l'école Jean-Macé de Vandoeuvre. Je bégayais
et avais toujours des difficultés pour réciter.
Au collège, je suis allée au collège Notre-Dame-de-Lourdes
à Nancy. Les professeurs étaient toujours très
compréhensifs envers mon problème d'élocution
et trouvaient toujours que je me donnais beaucoup de mal.
Au lycée, je suis allée à la Doctrine chrétienne
à Nancy. Pour le baccalauréat, j'ai eu droit au
tiers-temps pour les épreuves écrites et orales.
J'ai passé les épreuves orales par écrit.
Au sujet des langues étrangères (allemand, anglais
et latin), je n'étais pas interrogée par oral, puisqu'à
chaque fois il fallait attendre trop longtemps pour entendre ce
que j'avais à dire. Sur les bulletins scolaires, c'était
indiqué que j'avais des problèmes d'élocution
qui m'empêchaient de participer à l'oral.
Au sujet du français, pour les récitations, cela
était toujours très embêtant car j'arrivais,
dans les petites classes, un peu à dire le début,
puis je bégayais tellement que je ne savais plus où
j'en étais et je m'embrouillais dans tout le texte. Par
conséquent, j'étais contente, lorsque le professeur
nous faisait réciter par écrit. Ainsi, je ne me
stressais plus autant.
Ensuite, tout s'est bien déroulé dans les études
supérieures aussi bien à l'IUT Charlemagne qu'à
l'université de Nancy 2. Je rendais tous les exposés
par écrit et ils tenaient toujours compte de mon handicap
qui ne m'a jamais pénalisé. Pour toutes les épreuves
écrites, j'avais droit au tiers-temps.
Grâce à sa ténacité, Claire suivra une scolarité sans échec.
Gérard (père de Claire) : Elle était obligée de beaucoup travailler pour réussir. J'ai toujours admiré ses capacités de travail.
Comme elle aime lire, elle aimerait devenir bibliothécaire
spécialisée. Ainsi, après l'obtention de
son BAC littéraire, Claire entame ses études en
Information-communication (option Métiers du livre) à
l'IUT Charlemagne de l'Université Nancy 2. Elle obtiendra
sans difficultés son DUT, ainsi que par la suite un DEUG
puis une licence d'Histoire de l'Art.
Parallèlement à son DEUG, elle décide de
s'inscrire au concours externe d'Etat de bibliothécaire
adjoint spécialisé.
Et c'est là que tout se complique ! Bien qu'elle soit reçue
à l'écrit, elle ne pourra jamais passer l'oral en
raison de son handicap ! Consternation, car jusqu'à présent
elle a toujours pu passer sans problèmes ses épreuves
orales !
Ce refus était d'autant plus incroyable que lors de
son inscription, Claire avait fourni tous les documents nécessaires
mentionnant son handicap, accompagnés d'un certificat du
médecin de la COTOREP certifiant que Claire était
tout à fait apte à assurer cet emploi mais sans
contact avec le public. Dans son dossier était aussi précisé
qu'elle sollicitait un tiers-temps pour les épreuves écrites
et de passer les épreuves orales par écrit. A aucun
moment on ne refusa son inscription. Cependant, lors des épreuves
écrites, elle a dû tout de même batailler pour
obtenir son tiers-temps et le jury refusa qu'elle passe les épreuves
orales par écrit !
Claire et sa famille n'en restèrent pas là et demandèrent
des explications au Ministère de la Fonction Publique.
Après plusieurs courriers et appels pour joindre la personne
concernée, celle-ci admit que lorsqu'elle avait pris sa
décision, elle n'avait pas toutes les pièces du
dossier en main et que finalement Claire aurait pu passer cet
oral !!
De plus, elle a ajouté que vu son handicap, elle peut bénéficier
dans toute la fonction publique du décret n° 95-979
du 25 août 1995 d'application de l'article 27 de la loi
n°84-16 du 11 janvier 1984 modifiée relative à
certaines modalités de recrutement des handicapés.
Ce décret prévoit qu'après un an de stage
et l'avis favorable de la commission administrative paritaire
du corps concerné, elle peut être titularisée
dans un poste de la fonction publique.
Cette affaire fut d'autant plus grave que, par courrier, Claire
a été informée qu'elle n'avait pas été
admise au concours, car elle avait été absente pour
les épreuves orales !
Claire et sa famille n'entamèrent pas d'actions en justice
car, comme son père m'expliqua :"Entamer des poursuites
mais pour arriver à quoi et au bout de combien de temps
?"
Ils préférèrent se concentrer sur la recherche
d'emploi.
Le décret précité faisait naître une lueur d'espoir ... Oui mais encore faut-il trouver une place où l'on vous accepte et qu'ensuite ce décret soit appliqué, car certaines directions vous répondront que c'est du favoritisme et que les personnes ayant, elles, passé le concours ne seront pas contentes ! AH...
La recherche d'emploi sera pleine de (mauvaises) surprises aussi, car, si dans un premier temps les futurs employeurs sont ravis par son CV et que tout se passe bien lors de l'entretien, il n'en ait pas de même lors de la confirmation de l'obtention de son poste. Pour différentes raisons (plus ou moins obscures), le poste ne lui sera pas accordé. Mais quelles sont les vraies raisons ? Peur du personnel face au handicap de Claire ? Peur de ne pas savoir comment s'adresser à elle du fait qu'elle ne peut pas répondre oralement ?...
Heureusement, comme dit son père, que Claire est de nature joyeuse, dynamique, car le fait d'essuyer constamment des refus pourrait être désastreux pour quelqu'un d'un peu moins optimiste.
Ses efforts seront tout de même récompensés, car elle obtiendra 2 postes à durée limitée au CNRS à Vandoeuvre (vacation de 6 mois au sein de la D.R.H. de l'INIST) puis au centre de documentation à l'INPL (à Vandoeuvre) où elle est actuellement employée en contrat emploi solidarité jusqu'au 14 novembre 2001.
Vaillamment, elle continuera ensuite à chercher un emploi, entre autres avec l'aide de Valérie VOGEL du Service Projet Professionnel de l'AGI (Voir Handispensable n°24).
AMIH : Comment se déroulaient les contacts avec vos collègues ?
CT : Mes collègues ont toujours été très compréhensifs, car à chaque fois la directrice leur avait expliqué mon blocage de la parole. Lorsque j'ai quelque chose à dire ou à demander, j'écris et les personnes me répondent. Toutefois, au début, c'était un peu difficile car certaines personnes pensaient que je ne comprenais pas ce qu'elles me disaient.
AMIH : En ce qui concerne vos loisirs, faites-vous partie d'une ou plusieurs associations, ou autres, par rapport à votre handicap et/ou vos loisirs ?
CT : Je n'ai jamais fait partie d'associations de personnes handicapées, car mes parents ont toujours tout fait pour que j'ai une vie à peu près "normale". C'est seulement depuis juillet 1998, date à laquelle j'ai fini mes études, que j'ai été réellement confrontée aux difficultés de la recherche d'emploi et aux difficultés que rencontrent les personnes handicapées face aux personnes dites "normales". C'est là que mes parents et moi-même, nous nous sommes rendus compte que sans association c'était difficile de se faire entendre.
AMIH : Aimeriez-vous transmettre un message à nos lecteurs ?
C.T. : Face aux difficultés que nous rencontrons tous les jours, il ne faut surtout pas "baisser les bras". Il faut toujours essayer d'être combatif et vouloir s'en sortir, car je pense que sinon ce serait à partir de ce moment précis que les difficultés commenceraient.Il faut toujours rester optimiste et se dire qu'un jour on finira bien par obtenir ce que l'on souhaite. Car à force de se donner du mal, d'essayer de surmonter son handicap, on convaincra petit à petit les personnes "sans problèmes" de mieux nous considérer.
AMIH : Nous remercions infiniment Claire et ses parents
de leur témoignage. Grâce à la rapide évolution
de l'informatique et à l'invention par exemple de la synthèse
vocale, des solutions se créent pour aider des personnes
comme Claire à pouvoir s'exprimer oralement, mais ses techniques
restent très coûteuses.
La meilleure des solutions serait une meilleure compréhension
et attention de la part des personnes "ordinaires" mais
là l'évolution est beaucoup plus lente.
Corrdonnées de l'association "Comme sur des roulettes"
:
Université Nancy 2
23, Boulevard Albert 1er
54000 NANCY
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