Au fond des choses :
Les transports adaptés aux personnes handicapées
Le GIHP


Entretien avec M. BONET (Président du GIHP) et M. Apffel (Directeur du GIHP) :

 

AMIH : Pourquoi désirez-vous faire publier un article dans l'Handispensable ?

M. Bonet : Votre journal est très bien fait.Il est structuré. Il a un impact intéressant pour informer les personnes handicapées. Vous savez, je constate quotidiennement qu'il y a des gens qui ignorent de nombreux services du GIHP malgré pourtant l'implantation ancienne qui est la nôtre à Nancy et je crois que c'est un de nos devoirs de faire connaître aux personnes handicapées, qu'il existe des services qui sont éventuellement à leur disposition, alors que beaucoup sont ignorés. Votre journal me paraît avoir une audience et une diffusion intéressante, parce que vous donnez énormément d'informations et je trouve que c'est une excellente tribune pour nous.

AMIH : Comment est né le GIHP ?

M. Bonet : L'origine du GIHP est essentiellement universitaire. Dans les années 60 est né un mouvement d'étudiants handicapés désireux de faire en sorte qu'ils puissent accéder aux études universitaires. L'idée première a été de créer un foyer d'hébergement, un établissement, pour accueillir les personnes handicapées étudiantes, d'où la première structure, qui a été le foyer du GIHP et qui est devenue ensuite le foyer AGI. La suite logique fut de créer un service de transport, car les étudiants avaient besoin d'aller de leur lieu de résidence, de leur foyer aménagé, jusqu'à leur faculté, leur lieu d'enseignement. Donc il fallait forcément, puisque l'on voulait absolument mener une vie d'étudiant normale, que l'on puisse aller sur le lieu d'enseignement, d'où le transport. Ce transport est apparu ensuite devoir être élargi à toutes personnes handicapées. L'idée est née, qu'il fallait ouvrir ce service transport à toute la population handicapée, avec convention avec les collectivités locales. Puis il y a eu une troisième époque, celle du soutien à domicile avec la création du service d'auxiliaires de vie à domicile, coiffure à domicile et ensuite dans la foulée, le service bricolage, qui est en fait le service d'assistance technique pour faire les petits travaux, que le père de famille moyen est en mesure d'effectuer s'il n'est pas handicapé. Là-dessus s'est créé un peu plus tard, un service de transport régional, qui va de ville à ville ou de campagne à ville sans limitation de distance. Evidemment nous n'allons pas à Pékin mais on peut aller partout en France, en Belgique ou en Suisse.
En fait, au fur et à mesure de l'émergence des besoins, il se crée des services pour y répondre. Autrefois les handicapés n'avaient pas le projet ou le besoin de se rendre très régulièrement en dehors de la ville, maintenant ce besoin se fait sentir et de ce fait un service de transport régional et inter-régional s'est créé pour y répondre et de la même manière se sont créés les autres services. Donc voici les services permanents et réguliers que le GIHP assure à Nancy, mais également, en ce qui concerne les transports régionaux et districaux , à Metz, Sarreguemines et Mulhouse depuis cette année.
De plus, en partenariat avec une auto-école, nous proposons un service d'auto-école aménagée spécialisée .

AMIH : Concernant le service transport, combien avez-vous de véhicules pour les déplacements sur Nancy ?

M. Apffel : Nous avons 9 véhicules + 2 de réserve ainsi qu'en complément les taxis de Nancy avec lesquels nous avons signé une convention. Les taxis permettent une plus grande souplesse mais ils ne prennent pas les personnes en fauteuil roulant.

AMIH : Et concernant les transports régionaux ?

M. Apffel : Nous avons 7 véhicules + 2 de réserve.

AMIH : Peut-on utiliser les tickets du GIHP de Nancy pour effectuer un transport avec le GIHP de Metz ?

M. Bonet : Le service transport aménagé de Metz ou de Nancy fonctionne exactement comme le service des transports publics en commun, c'est exactement la même chose sauf qu'il est spécialisé pour le transport des personnes handicapées mais c'est un service de transport en commun public qui appartient à la ville. Donc avec un ticket de bus de Metz, on ne peut pas prendre les transports à Paris . C'est l'autorité collective locale (Communauté Urbaine) qui décide du tarif.

AMIH : Quelles sont les conditions d'accès au service transport du GIHP ?

M. Bonet : Pour accéder au service transport du GIHP, il faut ne pas avoir accès, en raison de son état physique, au service public de transport en commun.

AMIH : Cela inclue-t-il les personnes handicapées mentales ?

M. Bonet : Les personnes handicapées mentales posent des problèmes un peu différents. On peut les transporter à condition qu'elles aient des handicaps associés et se déplacent avec un accompagnateur, dès lors que c'est médicalement reconnu comme nécessaire ou souhaitable.

AMIH : Quelles sont les démarches à effectuer pour bénéficier de ce service ?

M. Bonet : Pour le service transport, il y a un dossier à remplir en tant que nouvel utilisateur lorsqu'il s'agit de transports réguliers et fréquents. Nous avons un médecin spécialiste qui examine les cas litigieux. En fonction du contenu du dossier il est soumis ou non à ce spécialiste, puis s'il y a difficulté, elle est tranchée ensuite par une commission administrative constituée par des membres de la communauté urbaine, de la CGFTE, du GIHP et le rapport du médecin et tout cela d'une manière confidentielle. Rares sont les cas qui lui sont soumis. En général cela se règle autrement, et les quelques cas qui ont été présentés à cette commission, ont montré la difficulté d'apprécier parce que même un médecin quelquefois, ne se rend pas très bien compte de la difficulté pour la personne d'avoir accès au service transport en commun. Il me vient à l'esprit le cas d'une dame qui avait des malaises et de ce fait ne pouvait pas prendre l'autobus car elle devait changer plusieurs fois de bus pour se rendre à son travail. On s'est aperçu, que pour cette personne, compte tenu du trajet qu'elle devait faire, il était difficile et risqué pour elle de prendre l'autobus et la commission a finalement accepté qu'elle soit prise.

AMIH : Les chauffeurs du GIHP sont-ils formés pour le transport de personnes handicapées ?

M. Bonet : Il n'y a pas de qualification spécifique. Les chauffeurs sont formés par nous-mêmes. Par contre, nous exigons à l'embauche qu'ils aient le brevet de secourisme ou le cas échéant qu'ils le passent. Pour les auxiliaires de vie, nous nous basons sur 3 critères : le CAFAD et le BEP Sanitaire et Social et l'expérience de la personne .

AMIH : Pensez-vous que ce service de transport soit adapté à tous types de handicap et plus spécifiquement aux personnes lourdement handicapées ?

M. Bonet : On a conscience que les véhicules comme tous les véhicules pour personnes handicapées de transport en commun ont été pendant très longtemps tout à fait inadaptés à des états du handicap lourd ou douloureux. Les premiers véhicules du GIHP il y a 30 ans étaient des Citroën, c'était la camionnette et ce n'est que très progressivement que l'on a fait des progrès dans l'amélioration du confort au niveau de la sonorité et de la suspension. On a beaucoup lutté pour obtenir sans cesse une amélioration du parc et on commence maintenant à avoir des véhicules qui répondent mieux aux exigences de ces très grands handicapés, qui ont des fragilités au niveau dorsal, par exemple, avec des suspensions très adoucies (véhicules pneumatiques) tel que notre dernière acquisition.


AMIH :
Les problèmes que rencontrent ces grands handicapés, ne viennent pas seulement du type du véhicule mais aussi de la manière de conduire du chauffeur, car actuellement la cadence très rythmée des chauffeurs ne leur permet pas de rouler plus modérément, avez-vous des solutions ?

M. Bonet : La solution est à la fois très simple et très compliquée. Pour améliorer cela, il faudrait davantage de chauffeurs mais cela nécessiterait davantage de subventions.

AMIH : Pour permettre à ces personnes de se déplacer, ne serait-il pas possible de leur réserver un véhicule avec un chauffeur quitte à ce qu'elles payent un peu plus cher le ticket ?

M. Bonet : Au niveau des tarifs, juridiquement nous n'avons pas le droit de mettre en place plusieurs tarifs . C'est le district qui décide du tarif. En revanche, actuellement nous étudions le projet d'un transport un peu hors-circuit, qui serait soit pour répondre à des urgences ou à des imprévus. La programmation actuelle est telle qu'on ne peut pas distraire le chauffeur de sa course, parce que sinon c'est tout le monde qui en pâtit. Or il y a souvent des imprévus, donc nécessité de prévoir un service de transport un peu en décalage, un peu à part, limité à très peu de déplacements, car il ne s'agit pas que tout le monde s'y engouffre, c'est à titre exceptionnel et qui serait ce que l'on appelle un "transport-spot", qui permettrait de répondre à une demande ponctuelle, imprévue, etc.
Pourrait se rattacher à ce transport-spot, effectivement le transport plus particulier de personnes fragiles. C'est quelque chose qui peut être étudié. Nous en avons plus techniquement les moyens aujourd'hui qu'avant en raison de ces véhicules bien que le problème ne soit pas seulement technique mais aussi celui du chauffeur, car il faut une conduite plus souple.

M. Apffel : Ce que nous défendons énormément, c'est le droit à l'improvisation. On devrait mettre en place dès l'année prochaine, ce service (complémentaire dans un premier temps) de transport sans réservation . Ce même projet étant aussi à l'étude sur Metz.

AMIH : Y-a-t-il des règles de sécurité dans les véhicules ?

M. Bonet : Elles ont toujours existé et elles sont impérativement exigées. Ces règles étant : arrimage au sol, ceinture de sécurité accrochée sur le fauteuil roulant et qui doit être fournie par l'usager.

AMIH : En conclusion quel message aimeriez-vous adresser à nos lecteurs ?

M. Bonet : Les services du GIHP je les conçois comme étant au service de la totalité de la population handicapée et exclusivement à leur service. Je pense qu'au GIHP on a un sentiment de mission de service public très poussé que j'ai toujours connu depuis que je suis dans cette maison et sur lequel je crois qu'il n'est pas besoin de veiller parce qu'il est naturel. On a le sentiment qu'on est là au service des personnes, qui en ont besoin. Comme toute structure humaine, elle est perfectible mais nous sommes toujours à l'écoute de ce qui peut être perfectible. Il y a un service d'usagers, pour le service transport par exemple, qui se réunit régulièrement et qui fait remonter les souhaits, les espérances, les doléances de chacun. On a fait une enquête de qualité dans ce service. Tout cela montre que nous sommes avant tout préoccupés de la satisfaction des gens qui font appel au GIHP, parce que c'est notre devoir, c'est notre mission, c'est notre nature. Il en va de même pour le service auxiliaire de vie et les autres services. Je crois que ce sentiment de service public nécessairement se double par celui d'une sensibilité à la critique, à la suggestion qu'on nous fait. Il est absolument nécessaire qu'il y ait une information permanente entre la personne bénéficiaire, la personne usager et nous-mêmes. C'est dans ce dialogue là que je vois essentiellement ma mission de président du GIHP. Je suis toujours très satisfait lorsque l'on me fait part de ses critiques. Il n'y a nullement un esprit de clientélisme mais au contraire une ouverture totale sur la vie de chacun, c'est du moins notre souhait le plus fort.

Nous remercions M. Bonet et M. Apffel de cet entretien, qui nous permet de mieux connaître le GIHP, à travers ses services mais aussi ses motivations.


Petite visite dans le bureau des personnes effectuant les programmations des transports : Olivier Daub et Mathias Lam. J'en profite au passage pour poser quelques questions à l'un des chauffeurs, Eddy Granville :

AMIH : Depuis combien d'années travailles- tu au GIHP ?

Eddy Granville : Cela va faire 4 ans au mois de janvier. Avec les nouveaux plannings, cela se passe très très bien, aussi bien dans les temps de parcours qu'autres.

AMIH : Comment se déroule ta journée de travail ?

Eddy Granville : Suivant le planning, on commence vers 7h et on effectue 8h-8h30 de travail, réparties sur une journée de 11-12h.

AMIH : Que penses-tu de ce travail ?

Eddy Granville : Ce travail n'est pas trop stressant , excepté avec les travaux en ce moment ou les retardataires chroniques.

 

Olivier Daub est responsable des transports, du personnel, des véhicules et de tout le matériel affecté au transport, ainsi que de la facturation. Il s'occupe plus particulièrement du transport régional.
Dès 8 h du matin, du lundi au vendredi, Olivier est à son poste pour planifier des transports longues distances ou organiser des voyages exceptionnels, hors district nancéien à la Suisse, "mais on ne pousse pas jusqu'en Chine", comme disait M. Bonet. Ces transports peuvent se faire sur plusieurs jours.
Grâce au développement des technologies, la programmation des transports se fait sur ordinateur mais l'idéal d'Olivier "serait que chaque véhicule soit équipé d'un système GPS, lequel permettrait d'effectuer sa programmation en tant réel. Celle-ci se ferait au fur et à mesure des demandes et permettrait ainsi les réservations de dernière minute. Les demandes de transport s'afficheraient sur un écran intégré dans le tableau de bord du véhicule afin d'éviter au chauffeur d'avoir à décrocher son portable tous les 5 mn".

Mathias Lam prépare les plannings des transports sur Nancy et l'agglomération nancéenne. les horaires de travail sont plus ou moins définis suivant l'importance des programmations ou les problèmes à résoudre. Le planning est naturellement plus chargé la semaine et plus particulièrement aux heures de pointe par rapport aux périodes de vacances ou le week-end. Tout comme Olivier, Mathias est fidèle au poste tous les matins pour établir chaque jour la
programmation du lendemain, sauf le vendredi où il doit établir la programmation du week-end et du lundi. Heureusement Olivier lui donne un coup de main.

Olivier et Mathias trouvent que ce travail est passionnant bien que pas toujours très facile. Il permet de rencontrer plein de gens sympathiques de divers milieux professionnels, etc...


Quelques conseils :


- Nous vous rappelons que le service transport du GIHP fonctionne sur réservations. Celles-ci peuvent être faites du lundi au vendredi, de 8h à 12h et de 14h à 17h15 au 03 83 51 05 43, et au plus tard la veille de votre transport, avant 10h. Cas particulier des week-ends (samedi, dimanche et lundi) : le dernier jour de réservation est le vendredi avant 10h00.
- Nous attirons cependant votre attention sur le fait qu'en ce qui concerne les heures de pointe, il peut être parfois difficile de vous donner satisfaction ; priorité étant donnée aux transports professionnels et scolaires !
- Enfin, souvenez-vous qu'un transport annulé trop tardivement est un transport qui aurait pu être attribué à une autre personne à qui nous avons peut-être dû refuser une demande ou la décaler pour cause de saturation : évitez donc les réservations de précaution ! Face au nombre croissant des annulations, il a été décidé sur proposition du Comité des Usagers de n'admettre que 3 annulations par mois. Passé ce cap, tout transport annulé est facturé.
- Enfin, pendant les heures de fermeture des bureaux du GIHP, vous pouvez toujours être en relation avec son service transport par le biais du 06.07.70.26.31 ; un chauffeur répondra à votre appel. Sachez cependant que l'on ne peut téléphoner en roulant ; le chauffeur doit donc s'arrêter pour vous répondre. Alors... n'utilisez cette possibilité offerte qu'en cas d'absolue nécessité. Par exemple, annulation ou changement de dernière minute ou dépassement conséquent de l'heure à laquelle votre transport était prévu.

Nous vous rappelons que le GIHP propose aussi d'autres services en dehors du service transport, à savoir :
- service d'auxiliaires de vie,
- service d'assistance technique,
- service de coiffure à domicile,
- AGI (institut pour étudiants),
- ALEIDH (service d'aide à domicile)
Nous vous parlerons plus longuement de ces services dans un prochain dossier sur les aides à domicile.
En attendant, pour toute information complémentaire, n'hésitez pas à appeler le GIHP et/ou demander nos plaquettes d'informations.